Le Canada a le deuxième ratio de pertes des pays engagés.
On ne peut reprocher au Canada de ne pas payer le prix du sang en Afghanistan.
De tous les pays engagés sur le terrain, il a le deuxième ratio de pertes (1 sur 38). Il n’est devancé que par l’Espagne (1 sur 31), dont 18 soldats ont péri d’un coup dans un accident d’hélicoptère.
Avec 66 pertes par rapport à des effectifs constants de 2500 soldats, le Canada devance ses alliés qui ont de plus importants contingents: les États-Unis (1 sur 59), le Royaume-Uni (1 sur 106) et l’Allemagne (1 sur 143).
Ce constat est fait alors qu’un sondage de la Presse Canadienne-Decima Research montre que 67% des Canadiens jugent inacceptable le nombre de soldats morts et blessés en Afghanistan, peu importe les progrès de reconstruction réalisés dans ce pays. Au Québec, la proportion s’élève à 76%.
La présence canadienne dans la dangereuse province de Kandahar permet d’expliquer le taux élevé de pertes. «Les Canadiens ont accepté une des régions les plus difficiles d’Afghanistan, dit le directeur adjoint du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, Marc-André Boivin. Les membres de l’OTAN n’ont pas tous le même degré d’engagement. Ça fait en sorte que le Canada se retrouve dans le Sud avec fort à faire, mais sans avoir assez de troupes.»
«Il y a une tentation un peu plus grande de défier les troupes quand on sait qu’elles ne sont pas assez nombreuses», ajoute M. Boivin. Il est possible que les talibans profitent de cela pour frapper davantage les Canadiens, d’autant plus que la ville de Kandahar représente un enjeu symbolique pour eux.
«Nous étions les premiers dans le sud du pays, avant les Britanniques et les Néerlandais, pour relayer les Américains», rappelle le major-général à la retraite Terry Liston. C’est en décembre 2004 que le Canada a annoncé qu’il allait envoyer plus de 2000 soldats à Kandahar. Pour justifier la décision du gouvernement Martin, l’ancien ministre de la Défense, Bill Graham, évoquait deux raisons : le Canada connaissait la région pour y avoir œuvré en 2002 ; les Canadiens s’étaient entendus avec les Britanniques et les Néerlandais pour relayer les Américains dans certaines régions du Sud afghan.
Les défis des alliés
Malgré des ratios de pertes moins élevés, d’autres pays ont des défis importants à surmonter aujourd’hui. «Les talibans ont déplacé leur attention vers la province de Helmand, sous contrôle britannique», souligne Terry Liston. Dans cette province championne de la production d’opium, il est ardu d’instaurer la notion d’État de droit.
À l’Est, «les Américains ont des problèmes quant à la nature du terrain, montagneux et très difficile d’accès», dit Marc-André Boivin. Quant aux Néerlandais, postés juste au nord des Canadiens, ils font face à de plus en plus d’attaques. «Et justement, les Néerlandais sont en train de débattre du renouvellement de leur présence, prévu en août 2008», note M. Boivin.
Des troupes afghanes à l’automne
Le chef d’état-major des Forces armées canadiennes, le général Rick Hillier, vient d’annoncer que cinq bataillons afghans seront opérationnels dès l’automne. Entraînées par les Canadiens, les troupes afghanes permettront de réduire le nombre de pertes canadiennes, avance-t-il.
Terry Liston met un bémol. «Ça va faciliter la mission en assurant une présence permanente dans les villages. Mais je ne suis pas convaincu que ça diminuera énormément les pertes.» Celles-ci sont en effet causées par des embuscades, des kamikazes ou des engins explosifs improvisés visant des troupes étrangères. «Que les troupes canadiennes soient à l’avant, dans les villages, ou derrière les troupes afghanes, je ne crois pas que ça va changer leur vulnérabilité», ajoute-t-il.
Selon M. Liston, le pire est passé dans la région de Kandahar. «Mais ça va prendre des années pour assurer une vraie sécurité», croit-il.
source: cyberpresse




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