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Terrorisme pour les nuls

July 27th, 2005 · Post your comment (No Comments)

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TERRORISME pour les nuls ! QU’EST-CE QUE LE TERRORISME ?

Il est beaucoup question de terrorisme depuis la fin des années 1960, et plus encore depuis le 11 septembre 2001. Tout le monde en parle, tout le monde appelle à combattre ce fléau. Mais qu’est-ce au juste que le terrorisme ?

Les définitions ne manquent pas. Aux Nations-Unies, malgré des années de discussion en vue d’aboutir à une convention internationale, il n’a pas été possible de se mettre d’accord sur la signification de ce terme. Dire, comme le fait le Petit Larousse, qu’il s’agit de “l’ensemble des actes de violence commis par une organisation pour créer un climat d’insécurité ou renverser le gouvernement établi”, c’est ne prendre en compte qu’une partie du problème.

Un des deux points de divergence au sein de l’ONU réside précisément dans la distinction à faire ou à ne pas faire entre organisations terroristes et mouvements de libération. L’autre a trait au terrorisme d’Etat, dont certains vont jusqu’à nier l’existence.

USA = United States of Agression LES ORIGINES

La première utilisation du mot “terrorisme” - dans un sens assez différent de celui d’aujourd’hui - remonte à la révolution française, à Robespierre et à son régime de justice expéditive. C’est ce que le chef des Jacobins appelait lui-même “la terreur sans laquelle la vertu est impuissante”, terreur à laquelle il finit lui aussi par succomber le 9 thermidor de l’an II. S’agissait-il de terrorisme d’Etat ou de violence exercée par un groupe politique sur un autre afin d’imposer un changement radical ? On en a longuement débattu, on pourrait en débattre encore. Le phénomène s’est reproduit plus d’un siècle plus tard avec la révolution russe de 1917, en s’amplifiant considérablement. La “terreur rouge”, élevée au rang de vertu révolutionnaire en réponse à la “terreur blanche”, a longtemps survécu à cette dernière.

Mais la terreur institutionnalisée de Robespierre ou de Staline - on en parle d’autant plus qu’eux-mêmes se sont vantés de la pratiquer - n’a pas été la première qu’ait connue l’histoire humaine. La crucifixion de milliers d’esclaves dans la Rome antique ou l’extermination de centaines de milliers d’Indiens d’Amérique sont antérieures. Il est vrai toutefois que ces excès passent rarement pour des actes de terrorisme. Pas plus que le massacre de 30.000 Parisiens, perpétré par les tueurs versaillais d’Adolphe Thiers en mai 1871, sous l’oeil bienveillant de l’occupant prussien.

En revanche, les assassinats individuels de rois, de princes, de présidents, d’hommes politiques, d’industriels ou de banquiers, tels qu’ils se pratiquent depuis le 19ème siècle, sont considérés comme terroristes.

Dès l’origine, il y a donc bien deux poids et deux mesures dans la manière d’appréhender cette question, à la fois pour ce qui est de la “couleur” du terrorisme (nous y reviendrons plus loin) que pour l’échelle à laquelle il se pratique (ce que le politologue américain Michael Parenti appelle “wholesale terrorism” et “retail terrorism” = terrorisme en gros ou au détail - ou comme l’a dit quelqu’un d’autre: “le terrorisme d’Etat est au terrorisme groupusculaire ce que la grande distribution est au petit commerce”).

FORMES MULTIPLES - CAUSES MULTIPLES

Essayer de comprendre les causes du terrorisme, c’est avant tout tenter de cerner, dans toute leur complexité, les divers aspects du phénomène.

Terrorisme groupusculaire :

Si l’on en croit les enragés de l’après-11 septembre, le terrorisme serait le fait d’organisations radicales d’inspiration politique ou religieuse, jalouses de la liberté et du bien-être dont jouit la civilisation occidentale. Il y aurait sans doute beaucoup à dire sur cette fameuse “liberté”, sur ce “bien-être” et sur cette “civilisation”, mais c’est une autre affaire… Quoi qu’il en soit, la jalousie n’explique pas grand-chose. L’envieu convoite les biens d’autrui ou cherche à se les approprier par des moyens légaux ou illégaux, mais pourquoi irait-il les détruire ? C’est d’autant plus absurde que les chefs terroristes comme Oussama Ben Laden et quelques autres disposent eux-mêmes de plus de richesses et de liberté que la plupart des habitants de la planète.

De toute évidence, le monde musulman cultive d’autres valeurs que celles qui obnubilent l’Occident. Contrairement à nos pays, et quelle qu’en soit la raison, il est certain que “le cul et le fric” ne sont pas des sujets de conversation prioritaires dans l’univers islamique. Aussi anachronique que cela puisse paraître, principes et idéaux y ont encore un certain poids. Même si, hélas, la religion et l’obscurantisme qu’elle véhicule en constituent le centre.

Ceux qui, chez nous, s’insurgent à propos d’un foulard porté à l’école, d’un mouton égorgé selon la tradition musulmane ou d’un rite vaudou pratiqué dans un HLM de banlieue, devraient essayer d’imaginer l’état d’esprit de personnes contraintes de supporter l’intrusion incessante dans leur vie quotidienne de moeurs européennes ou américaines qu’elles trouvent pour le moins étranges, quand ce n’est pas franchement repoussantes ou décadentes. Notre société invoque sans cesse la liberté, mais il s’agit toujours de la “liberté” pour les autres de s’aligner sur nous. Il est évident que l’impérialisme culturel entraîne chez ceux qui en sont victimes frustration et révolte.

Une autre cause de révolte réside dans l’agression étrangère permanente à laquelle sont soumis certains peuples (occupation des territoires palestiniens, guerre contre l’Irak, interventions militaires multiples un peu partout dans le monde). L’impuissance face à la brutalité et à l’arrogance de l’agresseur conduit infailliblement à des actes de désespoir.

Le terrorisme est donc souvent - mais pas toujours - un signe de faiblesse qui se manifeste lorsque tous les autres moyens de lutte collective sont inexistants ou inefficaces. Il émane en général d’une organisation, aussi rudimentaire soit-elle, et n’est que rarement l’acte d’un individu isolé.

Quand, par exception, un homme seul frappe un grand coup, on crie aussitôt à la démence. C’est peut-être justifié lorsqu’un forcené tue au hasard les clients d’un restaurant. Mais si, comme à Zoug et à Nanterre, les morts sont des conseillers cantonaux ou municipaux, alors il vaut mieux se méfier du diagnostic. Dans un cas comme dans l’autre, les attentats portaient une griffe politique, même si personne n’a essayé de comprendre les vraies motivations de ces actes. Des élus - et seraient-ils locaux - qui prennent des décisions ruinant l’existence de leurs concitoyens, ont peut-être tort de croire qu’ils peuvent le faire en toute impunité.

Comme la frustration nationale et la frustration culturelle, la frustration sociale peut elle aussi déboucher sur une riposte violente.

Légitimité :

Le terme “terrorisme” ayant une valeur péjorative, plus personne ne s’en réclame. A chacun donc d’apprécier si une organisation doit être qualifiée de terroriste ou si, au contraire, il convient de la classer parmi les mouvements de libération, considérés eux comme tout à fait légitimes. (Dans son préambule, la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU reconnaît implicitement le droit “à la révolte contre la tyrannie et l’oppression”.)

A cet égard, le comportement de la plupart des gouvernements est assez schizophrène. On voit des états issus d’une lutte de libération nationale refuser à d’autres ce pour quoi eux-mêmes se sont battus (par exemple l’Algérie face aux Kabyles, ou le Sri-Lanka vis-à-vis des Tamouls), suscitant ainsi une résistance qui revêt souvent l’aspect du terrorisme. Ailleurs, des pays qui refusent l’autonomie à certaines de leurs provinces s’érigent chez les autres en champions de la “liberté” (à commencer par la Grande-Bretagne et la France qui dénient à l’Irlande du Nord ou à la Corse ce qu’elles revendiquent pour la Tchétchénie ou le Tibet).

Dans un monde orwellien où les puissants prétendent agir au nom de la “démocratie” et des “droits de l’homme”, où la mise en condition de la population est permanente, et où l’on peut faire croire n’importe quoi à n’importe qui, dès lors qu’on dispose des médias, l’histoire remet rarement les choses en place. Pour un Nelson Mandela réhabilité de toute accusation de terrorisme, combien d’autres conservent cette estampille infamante, à commencer par Yasser Arafat.

Dénigrer l’adversaire a toujours été de bon aloi, mais l’ère de la communication a fait de cette activité une arme idéologique de très gros calibre devant laquelle plus d’un groupe dissident a dû capituler. Les organisations clandestines sans accès aux outils modernes de persuasion de masse ne peuvent survivre que si elles jouissent par ailleurs d’une large assise populaire, comme par exemple l’IRA irlandaise ou l’ETA basque, pour ne citer qu’elles.

Manipulation :

Les gouvernements et leurs appareils ne se contentent pas de combattre la dissidence verbalement. Ils interviennent depuis longtemps sur le terrain, chez eux et à l’étranger : mise en place ou infiltration de groupes terroristes, préparation et organisation d’attentats, provocation, désinformation… Un des exemples les plus évidents et les plus “réussis” de manipulation est sans doute celui des Brigades rouges italiennes dans les années 1970-1980. Les services secrets italiens, épaulés par les Américains, réussirent alors à placer un de leurs hommes à la tête de l’organisation clandestine et purent ainsi télécommander diverses actions, dont l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro, un homme politique de droite jugé “trop mou”. Depuis, la tactique italienne a souvent été copiée un peu partout dans le monde. (Lire ici Types of Terrorism and 9/11 par George Pumphrey.) Lire “Nos belles années de plomb” de Gabriele Adinolfi

Aux Pays-Bas, en 1970, le service de renseignement BVD alla même jusqu’à créer de toutes pièces un parti “marxiste-léniniste maoïste” (le MLPN) afin d’infiltrer les milieux “pro-chinois” que l’on croyait violents et manipulés par Pékin (en fait Mao se fichait éperdument des gauchistes hollandais). L’épisode du MLPN a été rendu public trente ans plus tard par un des responsables, mais parallèlement des douzaines d’autres cas similaires en Europe occidentale sont plus ou moins restés dans l’ombre.

Quand une bombe explose quelque part, qu’un avion est détourné ou s’écrase contre un gratte-ciel, on est donc parfaitement en droit de se poser la question: qui a vraiment fait le coup, à qui profite le crime ?… La question est pertinente, même lorsqu’une organisation revendique la paternité de l’attentat - et à plus forte raison quand ce n’est pas le cas.

Le dessous des cartes est rarement dévoilé au grand public. Avec l’aide de la presse, les responsables veillent à ce que rien ne transparaisse. Le journaliste digne de ce nom, celui pour qui l’investigation sérieuse et la mise en cause des idées toutes faites sont des objectifs permanents, est une espèce en voie de disparition.

Dans ces conditions, les services secrets peuvent se permettre d’exagérer à dessein l’importance d’organisations occultes existantes, organisations qu’ils ont parfois eux-mêmes contribué à créer (Al-Quaïda, par exemple); ou de “ressusciter” des groupes disparus depuis longtemps (Brigades rouges italiennes ou Sentier lumineux péruvien); ou encore de créer de toutes pièces une “nouvelle génération” terroriste (RAF allemande). Américains et Israéliens sont sans doute les plus actifs et les plus imaginatifs en matière de manipulation, même si leurs trouvailles sont souvent cousues de fil blanc.

A titre d’exemple, lire ici deux articles de Joe Vialls sur les attentats de Bali (octobre 2002) et du Kenya (novembre 2002). La procédure employée un an plus tard à Istanbul n’est pas très différente (traduction d’un article paru dans le journal turc Yeni Safak à propos du rôle joué par les services secrets américains, britanniques et israéliens dans la manipulation des groupuscules terroristes islamistes et dans les attentats “antisémites” perpétrés dans cette ville). Depuis le 11 septembre, cette forme de manipulation tend à devenir systématique.

Fin 2002, on apprend aussi que le Shinbet (police secrète israélienne) recrute des Palestiniens afin de former une “cellule locale d’Al-Qaïda”*. Rien de bien nouveau dans cette démarche, quand on sait que les services de l’Etat juif ont toujours manipulé les islamistes. Vingt ans plus tôt, Menahem Begin (tueur de l’Irgoun devenu premier ministre du Likoud) soutenait et encourageait la création du Hamas palestinien, dans le seul but d’affaiblir Arafat et les forces de gauche de l’OLP. A Tel Aviv comme à Washington, les gouvernants adorent jouer avec le feu, quitte à pousser des cris lorsque leurs créatures s’émancipent.

* Un an plus tard, le journal israélien Ha’aretz évoque une affaire similaire et donne des détails.

Voici quelques précisions sur les méthodes utilisées par le Mossad pour infiltrer et utiliser à son profit les cercles terroristes.

Guerre d’Irak : Qui est derrière l’enlèvement de Georges Malbrunot et de Christian Chesnot ? Dans cet article, Gilles Munier évoque le noyautage et la manipulation des organisations clandestines irakiennes par les services étrangers. Munier conseille à la résistance de “faire le ménage dans ses rangs”. C’est sans doute plus vite dit que fait.*

* En ce qui concerne la remarque de Munier sur l’Algérie, à savoir la création par la sécurité militaire de groupuscules terroristes coupables de crimes barbares mis sur le compte du GIA, il y aurait sans doute beaucoup à dire. Cet argument, que l’on peut lire tel quel d’un bout à l’autre de notre presse, semble pour une bonne part relever de l’intox. On passe généralement sous silence le fait que les services occidentaux font preuve d’une étonnante mansuétude vis-à-vis des véritables terroristes. Depuis des années, les maîtres du monde et leurs assistants européens s’efforcent de renverser le régime algérien (pétrole) et n’ont aucun scrupule à utiliser les égorgeurs islamistes pour parvenir à leurs fins, comme ils l’ont fait dans d’autres pays, à commencer par l’Afghanistan. Corruption aidant, ces égorgeurs ont eux-même infiltré l’appareil d’Etat algérien, de sorte qu’il se trouve toujours quelqu’un pour fermer les yeux quand ils agissent ou pour les avertir à temps quand l’armée prépare une opération contre eux. En ce sens il y a bien complicité entre les islamistes et une partie du pouvoir, mais pas comme l’entend Gilles Munier. En l’occurrence, le régime algérien, aussi mauvais et aussi peu “démocratique” soit-il, est moins coupable que victime. La confusion qui règne à propos de l’Algérie est voulue et soigneusement entretenue par les médias ; il est difficile de ne pas tomber dans le piège.

Finalement, une des causes du retail terrorism réside dans la subversion par le haut (ou de l’extérieur), telle que la pratiquent certains gouvernements au nom de la lutte contre le terrorisme.

Déstabilisation :

Mais l’intervention plus ou moins discrète de puissances étrangères dans des conflits locaux dépasse souvent le cadre de la simple manipulation. Le cas de l’Afghanistan dans les années 1980 est à la fois bien connu et très classique. L’exemple cambodgien l’est peut-être moins.

En 1975, avec la défaite américaine au Viêt-Nam, la guerilla cambodgienne accéda elle aussi au pouvoir. Mais à l’inverse des partisans vietnamiens, les soi-disant Khmers rouges, sous la conduite de Pol-Pot, instaurèrent dans leur pays un incroyable régime de terreur qui coûta la vie à un quart de la population. Les mesures les plus radicales jamais appliquées par une “révolution” (évacuation totale des villes, suppression du commerce, des échanges et de la monnaie, généralisation du travail forcé, abolition des liens familiaux, extinction de toute forme de vie culturelle, etc.) eurent des effets plus dévastateurs encore que des années de bombardements américains et conduisirent en un temps record à la ruine complète du pays. Par une étrange aberration, ce régime terroriste put se maintenir au pouvoir pendant plus de quatre ans grâce au soutien conjugué de la Chine et des Etats-Unis. Cette alliance contre nature, annonciatrice de la réconciliation des deux grands pays jusqu’alors ennemis, n’avait en fait d’autre but que de nuire à un adversaire commun: le Viêt-Nam, allié de l’URSS. Après que les Vietnamiens aient chassé les tueurs de Pol-Pot de Phnom-Penh (où ils étaient revenus) et les aient contraints à se réfugier dans la jungle, le soutien sino-américain aux massacreurs khmers (aide financière et diplomatique, livraisons d’armes) se poursuivit durant une bonne décennie.

Autre exemple de soutien - plus discret il est vrai - accordé par des grandes puissances à des groupes terroristes dans le but de déstabiliser un régime honni : l’Algérie. Les tueurs du FIS et du GIA jouissent en Europe occidentale, principalement en Grande-Bretagne, mais aussi en France, d’une assez large liberté de mouvement (voir plus haut). La déstabilisation du régime algérien s’effectue également par le biais d’une “opposition démocratique” ouvertement soutenue par Paris et les autres capitales européennes où, de toute évidence, on éprouve peu de scrupules à jouer les apprentis sorciers.

La Tunisie, elle aussi, est assez souvent l’objet de campagnes occidentales dénonçant ses “déficits démocratiques”, de même que le Zimbabwe, dont le gouvernement, après vingt ans d’indépendance, ose s’attaquer aux séquelles les plus voyantes du colonialisme britannique. Le Maroc, par contre, est toujours présenté comme un modèle du genre, malgré la terreur permanente qui frappe toute forme de dissidence, malgré les assassinats et les emprisonnements arbitraires, malgré l’occupation illégale du Sahara Occidental.

En 2002, le Venezuela fournit le meilleur exemple de déstabilisation d’un gouvernement démocratique ne se pliant pas aux exigences de Washington : putsch avorté, actes de sabotage, “grève” organisée et financée par le patronat, les syndicats jaunes et l’ambassade des USA, revendication de nouvelles élections “libres” (sur le modèle des élections américaines de novembre 2000 ?), manifestants payés défilant dans les rues de la capitale pour les besoins des télévisions occidentales (pancartes en anglais). L’immense soutien populaire au président élu est totalement passé sous silence par la presse et la télévision locales (à 95 % aux mains des partisans du putsch) et par la quasi-totalité des médias étrangers… Tous ces ingrédients rappellent étrangement le Chili de 1973, peu avant le coup de force fasciste de Pinochet et l’assassinat du président Salvador Allende. (Lire ici deux articles de Maurice Lemoine du Monde Diplomatique: Déstabilisation au Venezuela et Hugo Chávez sauvé par le peuple.)

Les offensives de déstabilisation ne font pas toujours intervenir d’emblée des éléments terroristes, mais si les résultats souhaités ne se manifestent pas très rapidement, leur mise en oeuvre ne saurait tarder.

Pour ce qui est du Caucase, la chose est en cours depuis une quinzaine d’années, contre l’URSS d’abord, contre la Russie ensuite. En Tchétchénie, l’infiltration étrangère, soutenue et organisée idéologiquement, financièrement et militairement par l’Arabie Saoudite, les Etats-Unis et certains de leurs nouveaux alliés de la région (Géorgie) est censée produire les mêmes effets que dans l’Afghanistan des années 1970-80.

A court terme, le conflit tchétchène constitue le moyen de pression numéro un pour obtenir l’alignement russe sur les positions américaines. A plus longue échéance, la déstabilisation du Caucase et d’autres régions devrait être le prélude à un remodèlement géopolitique de l’Asie au détriment de la Russie et de la Chine, qui restent à ce jour deux obstacles potentiels majeurs sur la voie de l’univers mondialisé.

Lorsque, comme en Tchétchénie, ou encore en Yougoslavie (années 90) ou au Nicaragua (années 80), la déstabilisation dégénère en agression extérieure, on quitte alors tout à fait le domaine du retail terrorism.

Sur les méthodes utilisées par la CIA pendant la guerre froide : Stay-Behind - un article du Réseau Voltaire.

Terrorisme de droit commun :

Certain actes s’apparentant au terrorisme politique ou religieux relèvent en réalité du banditisme pur et simple. Leurs auteurs exploitent à leur profit une situation instable en espérant que leurs forfaits seront mis à l’actif de groupes militants connus. Il peut s’agir aussi bien de “dissidents” issus de ces groupes que d’individus qui leur sont complètement étrangers. Dans bien des pays d’Amérique latine, d’Afrique, d’Asie ou d’Europe de l’Est, la référence “politique” donne une aura de “respectabilité” aux plus ordinaires truands, preneurs d’otages, racketteurs ou trafiquants de drogue.

Inversement, la pègre a de tout temps été utilisée par le pouvoir politique, que ce soit en Sicile, où les Américains ont aidé la Mafia à se reconstituer au lendemain de la Seconde guerre mondiale, afin de la faire intervenir contre les syndicats et le parti communiste; ou en Colombie, contre les forces révolutionnaires; ou en bien d’autres endroits du monde. Ces méthodes permettent de se débarrasser d’adversaires gênants ou de créer un climat de peur et d’insécurité exploitable politiquement. Représentants de la haute finance, du pouvoir d’Etat et du crime organisé travaillent souvent la main dans la main sans qu’il soit possible de les distinguer les uns des autres (voir l’Italie de Berlusconi).

Terrorisme d’extrême droite aux Etats-Unis :

Les USA ont toujours abrité des groupes activistes revendiquant pour eux la fameuse liberté invoquée par la Constitution, surtout depuis que Henry David Thoreau (1817-1862) a donné ses lettres de noblesse à l’idée de désobéissance civique (Resistance to Civil Government). La liberté en question, c’est la liberté de posséder des armes à feu, de résister à un pouvoir central trop envahissant, prélevant trop d’impôts, trop favorable aux Noirs et aux minorités, trop à gauche, trop permissif, trop laxiste sur l’avortement, la peine de mort, les principes religieux, la prière à l’école, etc…

Toutes les fois que le gouvernement de Washington a renforcé son emprise sur le pays pour mieux assurer la domination américaine dans le monde, les adeptes conscients ou inconscients de Thoreau ont eu tendance à réagir par la violence. Les cercles dirigeants ne sont pas vraiment hostiles à l’idéologie des anarchistes de droite; ils la trouvent seulement gênante quand elle s’articule trop bruyamment. On ne peut pas globaliser la planète en proclamant que “le meilleur gouvernement est celui qui ne gouverne pas” (pour Washington, ce précepte ne vaut que pour les gouvernements fantoches mis en place à l’étranger, à Kaboul par exemple).

Depuis l’assassinat de Lincoln (1865), le palmarès du terrorisme de l’intérieur n’a cessé de s’allonger. Un des cas les plus spectaculaires de ces dernières années est l’attentat d’Oklahoma City, perpétré en 1995 (168 morts). Il a fait découvrir au monde étonné un visage de l’Amérique très peu connu à l’étranger: celui des milices “patriotiques”. Elles sont très nombreuses et jouissent de multiples complicités dans les milieux d’affaires, les organisations religieuses, le pouvoir politique, la police, l’armée et les services secrets.

Pas étonnant, dans ces conditions, que les enquêtes n’aboutissent pas ou qu’elles aboutissent à des résultats faussés. On ignore toujours qui a organisé l’assassinat de Kennedy ; on ignore toujours qui se trouvait derrière Timothy McVeigh, le tueur de 1995, condamné et exécuté en 2001.

Avec l’arrivée au pouvoir de la junte Bush, l’extrême droite américaine semble enfin avoir trouvé un partenaire conciliant dont elle partage les vues.

Terrorisme d’Etat :

Paradoxalement, c’est celui dont on parle le moins.

De même que le vol sanctionné par la loi ou favorisé par les rapports de force ne vaut pas comme tel, la terreur ponctuelle ou de masse perpétrée au nom de la raison d’Etat est toujours qualifiée d’un autre nom: mesure de défense, opération de maintien de l’ordre, pacification, acte humanitaire, riposte, lutte contre ceci ou cela - les étiquettes ne manquent pas. Qu’il s’agisse de banals actes de sabotage des services secrets (comme par exemple la destruction d’un navire de Greenpeace en Nouvelle-Zélande) ou de vastes opérations télécommandées (massacre en Indonésie ou putsch au Chili), le palmarès du terrorisme d’Etat est incroyablement long. Depuis 1945, ses victimes se comptent par millions.

La terreur sioniste en Palestine a causé et cause encore dix fois plus de morts que la terreur islamiste. Si cette dernière est aveugle, la première semble plus sélective, frappant de préférence les quartiers populaires et les camps de réfugiés. C’est que le terrorisme d’Etat est soigneusement préparé, ses exécutants disposent de tous les moyens et appuis nécessaires pour obtenir l’effet “optimal”. Ils courent rarement le risque d’être découverts avant d’avoir pu achever leur forfait.

Aux USA, depuis 1961, le terrorisme anticubain a toujours été encouragé, soutenu et même organisé par le pouvoir. Rien n’a changé après le 11 septembre 2001. Au contraire, lorsque le gouvernement de La Havane prend de sa propre initiative des mesures d’autodéfense pour empêcher des attentats sur son sol, ce sont les antiterroristes que la “Justice” américaine condamne pour “terrorisme” - lire les détails. Les tueurs protégés par Washington, comme par exemple Posada Carriles, responsable de l’attentat contre un avion de la Cubana qui fit 73 morts en 1973, vivent bien tranquillement en Floride en attendant que “leur” pays soit “libéré”.

Si les Etats-Unis avaient jusqu’alors pour habitude d’entourer leurs opérations terroristes du plus grand secret (on ne va pas crier sur les toits qu’on a tenté d’assassiner Fidel Castro) ou de les camoufler en aide militaire (Amérique centrale), ils ont, en 2002, abandonné tout scrupule. Comme les tueurs du Mossad, ceux de la CIA et du Pentagone se vantent maintenant de leurs exploits, par exemple l’assassinat de six “terroristes” au Yémen, à l’aide d’un missile tiré à partir d’un avion sans pilote. Peu importe qu’une de leurs victimes ait été un citoyen américain.

Sur le terrorisme d’Etat tel que le pratique Washington en vertu de sa nouvelle doctrine militaire, lire ici un article de Thierry Meyssan du Réseau Voltaire.

La pire forme de terrorisme d’Etat reste bien sûr la guerre d’agression directe, comme en Afghanistan ou en Irak.

Mais le terrorisme d’Etat américain ne frappe pas seulement à l’étranger. En 1993, à Waco (Texas), le FBI assassinait 80 membres d’une secte, dont une vingtaine d’enfants. Leur crime : avoir osé défier l’autorité de l’Etat. Deux ans plus tard, c’était l’étrange attentat d’Oklahoma City, rendu possible grâce à l’intervention occulte de divers services américains. Et pour couronner le tout : l’attentat du 11 septembre, l’acte terroriste le plus pervers jamais perpétré par un gouvernement US contre ses propres citoyens.

Perversion du langage et confusion permanente :

Depuis quelques décennies, l’incessante intoxication des esprits a conduit dans l’opinion à un renversement des valeurs et des références. Ce que dénonçait George Orwell s’est généralisé. Des termes comme liberté, démocratie ou droits de l’homme ont depuis longtemps été vidés de leur contenu profond. Utilisés à tort et à travers et à n’importe quelle occasion, leur force rhétorique tend à se rapprocher de celle de mots comme vertu ou devoir. Les tenants du pouvoir savent depuis longtemps qu’il est cent fois plus efficace de détourner à son profit une idée mobilisatrice née chez l’adversaire que de la combattre ouvertement. On fait ainsi d’une pierre deux coups, créant d’abord la confusion et suscitant ensuite un désintérêt général pour l’idée en question. Dépouillée de tout sens contestataire, elle devient la propriété de ceux contre qui elle était dirigée au départ.

Il y a trente et quelques années, la gauche française se réclamait du marxisme. Tout en rejetant le modèle est-européen, elle voulait - par conviction ou par opportunisme - “ouvrir la voie au socialisme” (Programme commun de gouvernement PC-PS de 1972). Les fronts étaient alors assez clairement définis, on appelait encore les choses par leur nom. Mais peu à peu, on en est venu à accoler des qualificatifs à connotation progressiste à des situations ou à des régimes qui étaient loin de l’être.

Ainsi, dès que l’opinion française a commencé à s’intéresser de près aux événements de Palestine, le soutien actif et unilatéral à Israël est devenu une revendication “de gauche”, alors que la solidarité avec les Palestiniens prenait une odeur de soufre. La droite et le lobby pro-israélien pouvaient se frotter les mains.

Plus tard, lorsqu’il fut décidé à Bonn, au Vatican et en d’autres lieux qu’il était temps de dépecer la Yougoslavie, “la gauche”, faisant cause commune avec la droite, se rangea du côté des dépeceurs et de leurs exécutants (oustachis croates, islamistes bosniaques, mafieux albanais). On en vint à soutenir ouvertement l’agression militaire contre la Yougoslavie. Quelques années auparavant, on avait soutenu celle contre l’Irak; on soutiendrait plus tard celle contre l’Afghanistan. Alors que trente ans plus tôt, on aurait dénoncé ces guerres pour ce qu’elles étaient: d’intolérables actes impérialistes.

Avant qu’on ait eu le temps de s’en apercevoir, on avait fait de l’agresseur le défenseur des valeurs démocratiques et de l’agressé un odieux terroriste coupable des pires crimes. La droite, extrême ou non, avait gagné la guerre idéologique. On pouvait récolter ses bravos tout en continuant de se réclamer des “valeurs de la gauche”.

Si la guerre du Viêt-Nam avait lieu aujourd’hui, Cohn-Bendit et ses semblables exigeraient l’envoi d’un contingent français pour aider les Américains à “éradiquer le terrorisme vietcong”, tandis que Robert Hue, du haut de ses 3 %, “s’inquièterait des risques de dérapage” tout en “condamnant fermement les violations des droits de l’homme commises par le régime dictatorial de Hanoï”.

Jean Bricmont, professeur à l’Université Catholique de Louvain, analyse ce phénomène de revirement dans un article paru dans le Monde Diplomatique. Il s’appuie pour cela sur les prises de position de la gauche française face aux idées de Noam Chomsky,

La bonne couleur :

Si un public qui se veut de gauche se laisse si facilement leurrer dans les cas où la situation est somme toute assez claire, peut-on lui en vouloir d’être complètement désorienté lorsqu’il est question, par exemple, de la Corse, du Pays Basque, de l’Irlande du Nord, de la Tchétchénie ou du Tibet ?

Alors que ces deux derniers conflits - dans le cas du Tibet, on ne peut même pas parler de conflit - ont pour objectif évident de déstabiliser la Russie et la Chine et font intervenir des forces extérieures manipulées par des pays qui ne peuvent que profiter de cette déstabilisation, la situation dans les trois régions ouest-européennes est radicalement différente. Aucun pays étranger ne cherche à faire éclater la France, l’Espagne ou la Grande-Bretagne; aucune intervention extérieure n’a lieu, si ce n’est celle de compatriotes exilés des militants séparatistes.

Mais les combattants tchétchènes et les dissidents tibétains sont, quoi qu’ils fassent, présentés comme des héros de la liberté, et les autorités comme d’épouvantables oppresseurs - un peu comme dans l’Aghanistan des années 1980. (Notre subconscient nous suggère que ces Russes et ces Chinois, malgré Poutine et malgré les “réformes” entreprises par Pékin, sont restés les méchants communistes qu’ils ont toujours été.) Les activistes (terroristes) de Derry, de Saint-Sébastien ou d’Ajaccio, en revanche, n’auraient aucune raison de se plaindre du traitement que leur réservent les gouvernements démocratiques de Londres, Madrid ou Paris.

Si c’était le cas, on pourrait se demander pourquoi ces trois guerres larvées qui empoisonnent l’Europe occidentale depuis trente ans ne sont toujours pas terminées, et pourquoi elles reçoivent encore sur place un large soutien populaire dont les gouvernements et la presse prétendent qu’il est quasiment nul. Dans le cas de l’Irlande, le parti-pris journalistique est particulièrement flagrant: tandis que l’IRA est toujours qualifiée de terroriste, les terroristes pro-anglais, eux, sont d’honorables unionistes ou loyalistes.

La difficulté pour l’observateur extérieur de se forger une opinion personnelle au sujet de ces conflits ne réside pas seulement dans la totale désinformation qui les accompagne depuis des décennies, mais aussi dans le fait qu’il est impossible de s’identifier avec l’une ou l’autre des parties concernées. Les habituels clivages politiques ne s’appliquent pas à ces affrontements. Quant au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, il semble se heurter, dans nos pays, à des limites naturelles. Si on leur donne ce qu’ils réclament, se dit le Français moyen, alors il faudrait aussi accorder l’indépendance à la Bretagne et à l’Alsace.

C’est pourtant bien ce qu’on a fait en Yougoslavie…

Une chose est sûre: les pays qui encouragent, financent ou organisent la subversion chez les autres, ne sauraient l’accepter chez eux.

L’intolérable :

Les groupes engagés dans la lutte armée et le “terrorisme au détail” peuvent avoir différentes façons d’agir: celle qui désigne clairement l’adversaire (militaires, policiers, magistrats, politiciens responsables) en évitant de s’attaquer aux personnes étrangères au conflit, ou l’autre, qui consiste à ne faire aucun choix préalable parmi les victimes, en frappant au hasard dans le but de terroriser tout un groupe de population. Il est parfois difficile de distinguer l’une de l’autre. Dans les compte-rendus qu’en fait la presse censurée ou alignée, les attentats sont toujours déclarés “aveugles”, même quand ils sont très précisément ciblés.

Mais bien souvent les poseurs de bombes ratissent large dans le choix de leurs victimes. Certains commandos de l’IRA ou de l’ETA ont commis des attentats à Londres ou à Madrid pour la simple raison qu’ils voulaient infliger des pertes “aux Anglais” ou “aux Espagnols”. Cet aveuglement à la fois politique et national a certainement fait beaucoup de tort à leur cause. Frapper au coeur du “pays étranger oppresseur” produit exactement le contraire de l’effet escompté lorsque les victimes sont d’innocents civils et non des responsables militaires ou politiques directement impliqués.

Ce terrorisme aveugle visant une population absolument étrangère au conflit se situe, sans le moindre doute possible, au-delà de toute limite tolérable. Certains services secrets, conscients de l’impact produit sur l’opinion publique par de tels attentats, n’hésitent pas à y recourir, en se servant le cas échéant de groupuscules dissidents qu’ils ont au préalable noyautés.

C’est une pratique courante en Israël, où beaucoup d’attentats imputés aux terroristes palestiniens n’auraient pu avoir lieu sans l’intervention du Mossad. Néanmoins, les attentats véritablement exécutés par des islamistes se rangent le plus souvent dans la catégorie des actions aveugles - moins par choix délibéré que par suite de l’impossibilité dans laquelle se trouve en général la résistance palestinienne de s’attaquer à des cibles militaires ou politiques. Placés devant le choix de ne rien faire - comme le veut Arafat - ou de tuer des civils israéliens, le Hamas et d’autres organisations similaires optent pour la seconde variante. Les Israéliens savent que leur pays est en guerre - même s’il s’agit d’une guerre coloniale - et qu’ils ne sont pas à l’abri. Mais comme ils n’ont pas encore conscience de l’ampleur réelle des pertes civiles palestiniennes et des souffrances que cause quotidiennement le “terrorisme en gros” pratiqué par leur gouvernement, ils ont tendance à se considérer comme les uniques victimes.

Le monopole de la violence :

Dans l’esprit des détenteurs du pouvoir et de leurs porte-parole des médias, l’intolérable ne réside pas tant dans le fait que le terrorisme affecte d’innocents civils, mais plutôt dans la mise en cause, par des individus ou des groupes extra-étatiques, du monopole de la violence que s’arroge l’Etat. A leurs yeux, ne peut être légitime et tolérée que la violence qui émane “d’en haut”. Dans nos pays, elle serait couverte par le caractère démocratique des lois et des institutions qui régissent l’Etat de droit.

En y regardant de plus près, on s’aperçoit que, malgré d’innombrables nuances, ce caractère démocratique est singulièrement limité. Il se cantonne le plus souvent à une forme plus ou moins développée d’électoralisme basé sur le principe de la délégation de pouvoirs aveugle et automatique. N’importe qui peut s’exprimer dans la mesure où il répète ce que dit tout le monde ou se contente d’une audience très limitée. Dès que sa voix prend de l’ampleur, elle est étouffée, achetée ou aspirée par le système ambiant, qui n’est soumis, lui, à aucun code démocratique. La “démocratie”, pas plus que l’absolutisme, ne tolère la mise en cause des rapports de force existants (rapports profonds, réels, sociaux ou économiques, et non rapports de façade, politiques ou personnels). On peut remplacer la dictature haïtienne ou chilienne par la “démocratie”; on torture alors un peu moins dans les prisons et les commissariats, mais les vrais maîtres du pays restent les mêmes.

D’ailleurs, exception faite de quelques rares autocraties comme l’Arabie Saoudite ou le Bhoutan, quel Etat ne se dit pas “démocratique” ? Même les Etats-Unis se rangent dans cette catégorie, c’est tout dire. N’importe quel “citoyen” peut y “voter librement”, avec le résultat que l’on sait. Il peut aussi avoir recours aux tribunaux; le succès de sa cause dépendra de sa fortune personnelle, de la puissance de son adversaire et du but poursuivi. Il n’en va pas différemment en Chine ou en Iran. Presque partout dans le monde, il y a des “élections” et des “tribunaux”. Presque partout l’Etat défend le monopole de la force publique et de la violence qui en découle. Là où ce n’est pas le cas, d’autres éléments (seigneurs de la guerre ou barons de la drogue) exercent cette fonction. L’anarchie véritable n’existe pas; la jungle humaine a horreur du vide.

Si le cadre institutionnel a pour tâche de préserver les rapports économiques, sociaux et culturels existants, si un changement pacifique s’avère impossible ou illusoire, faut-il s’étonner que des groupes ou des individus osent défier le monopole de “ceux d’en haut” et prennent eux-mêmes les choses en mains, au mépris de lois qui les méprisent ? “Une des conditions essentielles de tout développement humain est la révolte”, écrivait Bakounine il y a près de 150 ans.

Bien entendu, la simple contestation du monopole de l’Etat en matière d’usage de la force n’a en soi rien de terroriste, même si le contestataire, pour se défendre ou se faire entendre, est amené à quitter le domaine de la non-violence. Mais l’Etat ne l’entend pas ainsi. Pour son appareil de répression, la différence a toujours été bien mince (voir le traitement réservé à la protestation altermondialiste à Gênes et ailleurs). Depuis le 11 septembre 2001, cette différence n’existe pratiquement plus.

QUELS REMÈDES ?

Avant de prescrire tel ou tel remède, tout médecin sérieux s’efforce, bien sûr, de formuler un diagnostic pertinent sur la nature de la maladie. C’est précisément ce qu’évitent de faire les plus zélés partisans de l’éradication du terrorisme. Dans le meilleur des cas, nos docteurs ès politique préconisent l’euthanasie; bien souvent, ils recommandent l’extermination pure et simple de l’entourage du malade (ou de ce qu’ils déclarent être l’entourage du malade). En réalité, ils sont eux-mêmes infiniment plus atteints que les patients qu’ils prétendent guérir, mais cela ils l’ignorent ou feignent de l’ignorer.

En fait, c’est le pouvoir, ou plutôt l’abus de pouvoir, qui génère à la fois le terrorisme groupusculaire et le terrorisme d’Etat. Ce n’est donc qu’à ce niveau que le remède, quel qu’il soit, doit agir si l’on veut qu’il soit efficace.

Le terrorisme sous toutes ses formes s’éteindra de lui-même le jour où les innombrables sources de frustration politique, sociale, nationale seront taries, le jour où la violence, l’arbitraire, le chantage, l’exploitation, l’arrogance et le cynisme auront disparu des relations internationales.

Autant dire jamais, si l’on considère le cours que prend l’histoire depuis une bonne décennie. Car ceux qui prétendent lutter contre le terrorisme et qui en sont les vrais responsables, ont tout intérêt à perpétuer son existence.

LE 11 SEPTEMBRE

Les attentats de New York et de Washington constituent probablement l’exemple le plus spectaculaire de terrorisme d’Etat jamais mis sur le compte d’un groupe dissident clandestin. En un temps record, ils ont permis de faire tomber d’innombrables obstacles qui s’opposaient à la mise en place, à l’échelle planétaire et sous contrôle américain, des fondements d’une future dictature plus ou moins librement consentie par une population naïve et docile. Et c’est au nom de la “lutte contre le terrorisme” que les terroristes du Pentagone et de la Maison Blanche peuvent réaliser leur projet. En outre, la terreur auto-pratiquée du 11 septembre 2001 “justifie” désormais la terreur de la guerre, n’importe où, n’importe quand, le cas échéant de manière “préventive”.

Alors que le terrorisme d’Etat se développe à un rythme toujours plus effréné, ses propagandistes gonflent démesurément le spectre du terrorisme artisanal pour mieux couvrir leurs propres exactions ou celles de leurs maîtres.

Le terrorisme, depuis le 11 septembre, s’étend un peu à la façon de l’antisémitisme et des virus informatiques. La menace, quand elle est réelle, émane moins de ceux à qui elle est imputée que de profiteurs sans scrupules qui la brandissent systématiquement et la génèrent à dessein pour mieux nous effrayer et nous vendre à prix d’or un contrepoison plus mortel que le prétendu mal.

DU RÉSEAU AL-QAÏDA…

Les informations dont on peut disposer sur Al-Qaïda sont rares. Presque toutes émanent de sources occidentales et relèvent davantage de l’intoxication que de la réalité. Il existe bien entendu de très nombreux groupes islamistes clandestins opérant chacun pour soi dans différents pays. En revanche, la coordination de leurs activités dans un réseau fortement structuré et dirigé depuis un centre tout-puissant dominé par Oussama Ben Laden est hautement improbable.

Le fait que diverses organisations islamistes soient financées à partir d’une source unique crée sans aucun doute des dépendances et des relations occasionnelles, mais le réseau informel qui en résulte ne devient pas pour autant cette pieuvre gigantesque que nous présente la propagande américaine. Les intérêts en jeu sont trop divergents et trop marqués par les préoccupations locales. En outre, il est avéré que de nombreux mouvements clandestins jouissent de complicités officielles dans les milieux dirigeants de leurs pays respectifs (armée, police, services secrets, administration).

Beaucoup ont été soutenus, ou le sont encore, par les services américains. Ben Laden lui-même est un enfant de l’oligarchie obscurantiste saoudienne et de la subversion américaine. On sait qu’il a entretenu des contacts avec la CIA jusqu’à une époque récente, et jusqu’à preuve du contraire, rien ne permet de penser que l’antagonisme entre le “terroriste numéro un” et ses anciens partenaires soit réellement aussi profond qu’on essaie de nous le faire croire depuis septembre 2001.

Le grossissement démesuré du phénomène Al-Qaïda permet au pouvoir américain de présenter régulièrement à l’opinion mondiale crédule un seul et même ennemi ayant des ramifications et des soutiens dans tous les pays “voyous” ou en passe de le devenir. Pourquoi faut-il bombarder l’Afghanistan ? Parce que WTC = Al-Qaïda = Talibans. Pourquoi bombarder l’Irak ? Parce que Bali = Al-Qaïda = Saddam. Et demain et après-demain et plus tard encore, l’increvable et mythique Al-Qaïda devra encore et toujours porter la responsabilité de nouveaux carnages auxquels il conviendra de riposter par de nouveaux bombardements. Jusqu’à ce que l’opinion comprenne, ou jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour stopper ce qui est peut-être déjà la troisième guerre mondiale.

Un an après l’attentat de New York, le professeur norvégien Johan Galtung, directeur du Réseau Transcend pour la paix et le développement, déclarait dans une interview au magazine allemand Der Spiegel : “A mon avis, Al-Qaïda est une fiction née à Washington, une projection tout à fait typique des vues du Pentagone. Lorsqu’il y a un ennemi, il doit correspondre à l’idée exacte que s’en font les stratèges ministériels : structuré comme leur propre administration, doté d’énormes moyens financiers et dirigé par une hiérarchie claire et précise dans ses moindres détails. La représentation occidentale de cette organisation est complètement fausse… En fait, nous avons tout simplement affaire à des cellules indépendantes mues par une foi commune.”

Adam Curtis, auteur d’un documentaire présenté à la BBC (The Power of Nightmares), confirme qu’il n’y a ni réseau terroriste international, ni membres, ni chef, ni cellules dormantes, ni stratégie d’ensemble : The making of the terror myth.

Does al-Qaeda exist ? par Brendan O’Neill. (Poser la question, c’est déjà y répondre.)

Pour Pierre-Henri Bunel, qui se présente lui-même comme un ancien du Renseignement militaire, Al-Qaïda est tout simplement un fantasme américain. Le mot, qui signifie base en arabe, désignait à l’origine la base de données informatiques de l’Organisation de la Conférence Islamique. Dans un but de désinformation, les services secrets US ont traduit le terme par base terroriste. Le zèle des politiciens et des journalistes a fait le reste - détails.

Une autre explication de l’origine du mot Al-Qaïda, fournie par le Dr Saad Al-Fagih dans une interview à la chaîne de télévision publique américaine PBS.

Comme le fait remarquer le Réseau Voltaire début décembre 2003 : “Le président d’un comité d’experts antiterroristes de l’ONU, Michael Chandler, a présenté son rapport annuel sur la traque d’Al-Qaïda. [...] La véritable information de ce rapport, est que sur 191 Etats membres de l’ONU, 108 ont refusé de fournir des informations sur Al-Qaïda. Ils sont 108 à déclarer ne jamais avoir observé sur leur territoire quoi que ce soit qui valide l’existence d’Al-Qaïda et ne pas se sentir concernés par cette prétendue menace planétaire.”

Propagande américaine et “guerre contre le terrorisme” : Who is Abu Musab Al-Zarqawi ? - un article de Michel Chossudovsky (professeur à l’Université d’Ottawa) sur le nouveau croque-mitaine lancé par la CIA et présenté par la presse comme le “bras droit de Ben Laden”.

“Al-Qaïda n’existe pas, Zarkaoui non plus”, déclare en mai 2005 Richard Labévière, éditorialiste de Radio France Internationale (sans doute plus pour très longtemps).

… AU RÉSEAU AL-BUSHAÏDA

Depuis le 11 septembre 2001, on a chaque jour un peu plus l’impression que le terrorisme d’Etat camouflé en terreur groupusculaire tend à supplanter partout le véritable terrorisme artisanal : Djerba, Bali, Kénya, Casablanca, Istanbul… Il n’y a pratiquement plus qu’une seule sorte de terrorisme.

(source)

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Tags: International · Littérature & Réflexions

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